Le retour de la Secte du Mont Hua – Chapitre 3

Le retour de la Secte du Mont Hua – Chapitre 3

Chapitre 3 :

Bon sang, il se passe quoi ? (3)

Gu Chil était vraiment perplexe. Chung Myung avait quitté la tente en hurlant à pleins poumons, avant de revenir pour raconter encore plus d’absurdités.

«Je vais au Mont Hua.»

Gu Chil le regarda juste.

«Cela pourrait te sembler absurde, mais écoute-moi.»

Gu Chil était en fait curieux d’entendre jusqu’où pourrait aller son absurdité. Toutefois, ce que dit ensuite Cho Sam balaya cette curiosité.

«J’aurais très bien pu partir sans dire un mot, mais je suis conscient que j’ai reçu des informations précieuses de ta part ; je suis donc revenu pour te prévenir.»

Quel bordel.

Gu Chil n’avait aucune raison d’écouter les paroles d’un homme fou, mais malgré tout, il l’écouta ; Cho Sam semblait si sérieux qu’il se sentait mal pour lui.

«Je retourne la gentillesse au double et mon ressentiment au décuple. Un jour viendra où je te retournerai la faveur, alors souviens-toi du nom de Chung Myung de la Secte du Mont Hua. Nous nous reverrons et je te rendrai alors la faveur que je te dois.»

Au moins, il disait des choses sympathiques. Quoique cela aurait pu être bien mieux si Cho Sam n’était pas couvert de bleus en train de noircir et habillé en mendiant.

«… C’est n’importe quoi.»

Le visage de Chung Myung devint sérieux.

«Je sais que cela sonne étrange, mais souviens-toi de mes paroles. Un jour, elles changeront ta destinée—»

«Wang Cho te cherche. T’es mort s’il t’attrape.»

«Vraiment ?» Ils se regardèrent.

«Heheheheh.» Le monde était rempli de toutes sortes de personnes. Quelqu’un qui atteint soudainement de nouveaux sommets n’est guère extraordinaire ou bizarre parmi le grand schéma des choses. Bien sûr, que cela arrive du jour au lendemain était plutôt étrange et effrayant.

«Eh bien, je ferai mieux d’y aller !»

«… Reviens vite. Sinon, il va vraiment te battre à mort.»

«J’y vais ! En tout cas, n’oublie pas : ‘Chung Myung du Mont Hua’. Souviens-toi de ce nom !» Et sur ces paroles, Chung Myung partit avec assurance.

Gu Chil secoua sa tête. La vie était pleine de rebondissements ; parfois bons, parfois mauvais. Mais si Cho Sam se faisait prendre, il était vraiment mort.

«Je suis sensé dire quoi à Wang Cho, moi…?»

Soudain, la toile de l’entrée de la tente fut poussée et Chung Myung retourna à l’intérieur.

Quoi ? Pourquoi est-ce qu’il était revenu ? Mais Gu Chil n’eut pas le temps de demander.

«Yah !»

«Hein ?»

«C’était quoi déjà le nom de ce connard ?»

«Qui ?»

«Celui qui m’a frappé.»

«Ah… Wang Cho ? Wang Cho— son vrai nom est Jong Pal1

«Jong Pal ? Cela sonne vraiment comme le nom d’un mendiant. Dis à ce connard de ma part que la prochaine fois que je le vois, je ne le laisserai pas s’en tirer.»

Selon Gu Chil, ce serait plutôt Wang Cho qui ne le ‘laisserait pas s’en tirer’.

«Cette fois, j’y vais pour de bon.» Chung Myung sortit de la tente en sifflotant.

Et alors que Gu Chil pensait qu’ils en avaient terminé, Chung Myung réapparut dans la tente.

«Ah ! Quoi encore ?»

«Yah.»

«Quoi ? Tu veux quoi maintenant ? Pourquoi tu reviens encore ?»

«C’est par où le Mont Hua de Shaanxi ?»

Quelque fut le regard pourtait sur la situation, ce type était clairement dingue.


Chung Myung courut et courut. Pas une seule personne au monde n’accepterait de prendre avec elle un petit mendiant jusqu’à la province de Shaanxi. 

Il n’y croyait pas… ses deux jambes, d’habitude puissantes et fiables, lui paraissaient fatiguées. Même son coeur semblait faible.

Est-ce que Chung Myung était déjà monté à cheval ou en calèche ? Jamais. Il pouvait courir bien plus vite que ne le pourrait jamais un cheval, et il ne faisait pas parti du genre décontracté qui ralentissait volontairement. Si toute la distance qu’il parcourut lors de sa précédente vie devait être additionnée, alors vous pourriez faire dix fois le tour des plaines centrales. C’était pour cette raison qu’il avait commencé à courir sans réfléchir.

Mais il n’avait même pas encore réellement commencé à étirer ses jambes que déjà, il se retrouva parterre, le souffle court.

«Hack ! Hack ! Ugh ! Ack ! Oh, bon sang ! A cette vitesse, je vais y rester !»

Il n’aurait jamais imaginé qu’un corps aussi faible puisse même exiser. Ses deux jambes avaient été réduites d’acier à des bâtons et des os, et son cœur infatigable était réduit à des frémissements.

C’était absurde. Il avait l’impression que son cœur pourrait sortir à tout moment par sa bouche.

«Ahhh ! C’est quoi ce corps ?!» Il avait seulement sauté une fois ! Venait-il de courir durant une heure ou deux ? Non ! Seulement quelques minutes, mais il lui fallait déjà reprendre son souffle ! A quel point le corps de ce jeune mendiant pouvait être en piteux état ?

«Ughh.» Toutes les réponses à ses questions se trouvaient sous ses yeux. Son énergie interne mise de côté, son corps seul était dans un sacré état — il n’avait littéralement que la peau sur les os, sans une once de chair.

Et il comptait se rendre jusqu’à la province de Shaanxi ?

Il pouvait toujours rêver ! Il s’écroulerait d’épuisement avant d’atteindre le Mont Hua.

S’il rejoignait l’au-delà, ses connaissances le ridiculiseraient. Ils demanderaient : «le Maître de L’épée des Fleurs de Prunier, mort d’épuisement ?»

«Hahahaha !» Un rire moqueur s’échappa de la bouche de Chung Myung. Il avait beau essayer, il ne parvenait même plus à tenir debout. 

Les artistes martiaux possédaient de supers corps, mais celui-ci était tout simplement horrible. Chung Myung ne savait pas s’il allait s’effondrer à cause du surmenage, de la réflexion ou simplement de la faim ! Il ne savait pas, alors il se contenta de rire.

«Si je compte me rendre jusqu’à la province de Shaanxi, je dois d’abord m’occuper de ce corps !»

Mais comment allait-il changer son corps ? Le rendre sain ? Il connaissait déjà la réponse.

«Bien ; je n’ai qu’à apprendre les arts martiaux !»

Un nouveau commencement. D’autres pourraient ne pas réaliser l’envergure de sa chance, mais lui si.

Ne dit-on pas que ceux qui échouent à atteindre les sommets sont ceux ayant le plus de regrets ? Eh bien, oui. Mais même ceux qui parviennent à atteindre des sommets possèdent leur lot de regrets.

Si seulement à ce moment j’avais fais ça !

Si seulement je m’étais concentré à apprendre les bases !

Si seulement je m’étais exercé lorsque le maître m’attrapait par l’oreille plutôt que m’enfuir !

Si seulement je ne m’étais pas fais chopper entrain de voler de l’alcool dans la réserve secrète… 

Non, oubliez la dernière partie.

Bref !

«Je peux tout recommencer depuis le début.» Par le passé, Chung Myung fut l’un des plus grands épéistes de la troisième génération. Cependant, cela ne signifiait pas qu’il était satisfait ; au contraire. Au fur et à mesure qu’il devenait plus fort et que sa compréhension des arts martiaux s’approfondissait, il comprenait mieux que quiconque à quel point il s’était exercé de manière inefficace et à quel point sa base était défectueuse.

Les bases.

Ces foutues bases lui coutèrent ses Sahyung et Sajae !

Chung Myung détestait les cours portant sur les bases, mais il comprit leur importance lorsqu’il devint un disciple. Après tout, les bases étaient ce qui permettait à un homme de tenir debout. Une grande tour aurait besoins de solides fondations. La hauteur que pourrait atteindre la tour dépendait de comment les fondations étaient posées. Mais cela, le jeune Chung Myung l’ignorait. Peu importait combien de fois ses professeurs le lui expliquèrent, il ne comprenait tout simplement pas. Même lorsqu’il comprit, il ne parvint pas à s’y consacrer pleinement. 

Pourquoi ?

Car je suis humain. Si Chung Myung était encore occupé à creuser ses fondations mais que son voisin avait déjà construit trois étages, ne serait-ce pas humain de se presser ?

Et puis !

«Ils me répétaient constamment que je devais me concentrer sur les bases et fondements, mais lorsque je le faisais, ils allaient complimenter ceux en avance sur moi !» Foutue suprématie du pouvoir !

Néanmoins, il pouvait comprendre. Les maîtres étaient humains, eux aussi.

Tout le monde savait que le succès venait de bases solides. Pourtant, tandis que les élèves peinaient à maîtriser leurs bases, les maîtres étaient occupés à faire l’éloge de ceux qui avaient une excellente maîtrise de l’épée.

C’était supportable. Le Mont Hua enseignait la patience, de sorte que les élèves étaient plutôt doués pour contenir leurs émotions.

Toutefois, une fois les entraînements du soir passés, les élèves et maîtres avaient droit à des soirées alcoolisées. Que se passerait-il alors, si quelqu’un commençait à se vanter de leur disciple, même lors de ces soirées ? Ceux saoul commenceraient à vanter leurs disciples comme s’ils étaient uniques, et ceux qui n’avaient rien dont se vanter devaient rester assis là et encaisser.

C’est ça. Plus de patience.

Le matin suivant, ils déchargeaient aussitôt leur frustration sur leurs élèves.

«Le disciple de mon Sajae suit déjà la seconde formation de l’Epée des Fleurs de Prunier !»

«Les disciples de cette pourriture ont déjà puisé dans une énergie interne plus élevée ! Pas une fois je n’ai perdu face à lui ! Mais à présent, je perds— et à qui la faute ? Hein ? J’attends une réponse !»

«Pas assez de puissance ! Plus de puissance !»

Avec de tels maîtres, quelles bases pourraient être posées ? Ils étaient trop occupés à essayer de mettre en valeur leurs élèves ! C’était un cercle vicieux, où les compétences d’un Sajae étaient transmises aux disciples.

«Néanmoins !» L’actuel Chung Myung était différent !

Il n’avait aucune raison de se presser. Nul maître pourrait l’encourager à se hâter. Maintenant qu’il avait déjà vu le chemin qu’il lui fallait gravir, il n’avait plus qu’à le parcourir un pas après l’autre.

Les fondations ? D’autres creuseraient sur un terrain plat, mais Chung Myung abattra des montagnes. Sa tour se dressera sur un sommet invincible !

Le premier pas est toujours le plus important. Le dantian et qi intérieur. Dans tous corps, le dantian était faible. Au fur et à mesure de la pratique, il devient plus fort et plus apte à contenir le qi jusqu’à ce qu’il puisse fournir le qi pour vos arts martiaux. Un dantian bien entraîné pourrait être le facteur décisif contre d’autres artistes martiaux.

En termes simples, c’est comme faire rouler une boule de neige. Imaginez que vous faites rouler une petite boule de neige sur le flanc d’une montagne. Une boule de la taille d’un ongle devient de la taille d’un poing et croît alors de manière exponentielle. Rapidement, cela deviendrait une avalanche colossale qu’aucune force humaine ne pourrait arrêter.

Chung Myung devait créer un solide dantian pour contenir son qi. Cela voulait dire qu’il devait trouver une montagne de laquelle sa boule de neige ne cesserait jamais de rouler.

«Très bien !» Chung Myung regarda attentivement autour de lui avant de commencer. Fabriquer un dantian pour la première fois était risqué. Il quitta la ville pour trouver un endroit isolé, afin d’éviter un accident. Il était peu probable que quelqu’un soit blessé, mais pourquoi prendre le risque ?

Cet endroit fera l’affaire. Chung Myung se rendit dans la forêt et s’assit, les jambes croisées, dans l’ombre d’un grand arbre.

«Bien, par où commencer ?» Maintes pensées traversèrent son esprit : tous les enseignements du Mont Hua qu’il eut appris, soit plus d’une douzaine de méthodes pour puiser dans le qi.

Il y avait le qi d’auto-guérissons.

La méthode du Cœur des Fleurs de Prunier, spécifique à l’Epée des Fleurs de Prunier.

Le qi interne, qui multiplierait le qi d’une personne par sept.

Le qi régulateur, dont on dit qu’il contient toutes les formes d’énergie.

Le nombre de méthodes qu’il avait en tête en aurait dérouté plus d’un. S’il décidait de ne pas se limiter aux enseignements du Mont Hua, Chung Myung pourrait apprendre tant de choses.

Et pourtant, Chung Myung ne réfléchit même pas. Il savait quelle technique il devait apprendre.

«L’Équilibre des Six.»

Pour la première fois, la voix de Chung Myung fut claire et confiante.


Note traducteur :

  1. Jong Pal signifie ‘huit’.

Nous recherchons un correcteur afin d’améliorer et fluidifier la lecture des chapitres !

Ce chapitre a été traduit depuis les traductions anglophobes de la team Sky Demon Order, avec leur autorisation. Ils n’ont toutefois aucun lien avec les traductions francophones.