Le retour de la Secte du Mont Hua – Chapitre 2

Le retour de la Secte du Mont Hua – Chapitre 2

Chapitre 2 :

Bon sang, il se passe quoi ? (2)

J’ai beau le regarder, j’ai vraiment l’impression qu’il est devenu fou. Gu Chil2 baissa les yeux vers Chung Myung. Ce serait à cause de tous ces coups ?

Il avait été frappé un peu plus fort que d’habitude. Wang Cho avait toujours eu tendance à agir un peu excessivement ; toutefois, cette fois-ci, il avait frappé Chung Myung comme pour lui apprendre une leçon. Même se faire attaquer par un chien ne l’aurait pas laissé dans un tel état. S’il se basait sur le fait que Chung Myung avait été complètement malmené, ceux qui essayaient d’ordinaire d’arrêter Wang Cho n’en prirent même pas la peine aujourd’hui. Gu Chil n’était pas surpris.

«Si je comprends bien, tu es en train de me dire… que je suis un mendiant ?»

C’est son corps qui a prit ces coups ou bien sa tête ? Un mendiant qui demandait s’il était un mendiant ? Est-ce qu’il existait même un monde dans lequel cela serait normal ? Gu Chil était certain… que ce type était devenu étrange. Non, il était devenu effroyablement étrange.

Il était courant de le voir relâcher ses efforts ; ainsi donc, Gu Chil savait qu’un jour ou l’autre, il finirait par prendre une véritable raclée. Cela ne relevait que de la mal chance que ce jour fut aujourd’hui. C’était la règle d’or de l’Union des Mendiants : si tu ne parviens pas à trouver de la nourriture par toi-même, soit tu meurs comme un chien, soit tu succombes de faim, ou sinon tu es battu.

Normalement, une fois battus, les gens revenaient à la raison. Normalement. Au lieu de cela, c’était tout l’opposé qui se produisait devant Gu Chil.

«Est-ce que c’est vrai ? Je vis vraiment dans ce genre d’endroit ? C’est impossible.»

«… Tu es aveugle ou quoi ?»

«Hein ?»

«Ça devrait être pourtant évident, vu ce que tu portes.»

Chung Myung baissa les yeux ; il portait tout genre de tissus et haillons. Il aurait dû voir des vêtements normaux, mais c’était… des haillons. Toute personne un temps soit peu normale acquiescerait et retournerait travailler ; mais pas Chung Myung. 

«Est-ce que j’ai un nom ou quelque chose du genre ?»

«Depuis quand les mendiants ont un nom ?» Gu Chil poussa un soupir. «Seulement un grotesque. Tu es Cho Sam3

«… Cela sonne vraiment comme le nom d’un mendiant.» Même son nom sonnait donc pauvre. «Dire que je suis un mendiant ; ce genre de mendiant…»

L’autre mendiant le fixa d’un regard vide.

«Quant à mon âge… j’ai environ seize ans ?»

«Depuis quand les mendiants se préoccupent de leur âge ?»

«Cela semble logique.» Contrairement au reste. Tout chez Cho Sam avait changé, de sa façon de parler à sa façon de bouger. En plus de cela, il ignorait tout de ce qui se passait autour de lui. Une simple commotion cérébrale ne pourrait pas être l’unique responsable.

«Dans ce cas, en quelle année sommes-nous ?»

«… Les mendiants comptent les jours. Tu as déjà vu un mendiant compter les années ?»

«Exactement ce que dirait un vrai mendiant.»

Gu Chil se frotta les yeux. La vie d’un mendiant était depuis toujours rythmée par la fatigue et le stress ; mais là, c’était bien pire que d’habitude.

«Bien, j’aurai une autre question à te poser.»

«… Tu en poses depuis un moment déjà.»

«Est-ce que tu sais qui est Chun Ma ?»

«Tu parlais déjà de Chun Ma, tout à l’heure. Pourquoi tu t’intéresses soudainement à lui ?»

«Répond d’abord à ma question.»

«Bien sûr que je sais qui c’est. Tout le monde sait. Il était le dirigeant du Culte du Démon Céleste, qui a été vaincu il y a cent ans.»

«Quoi ?»

«Boss—»

Cho Sam s’élança et attrapa Gu Chil par le col.

«Il s’est écoulé cent ans depuis que Chun Ma a été vaincu ? CENT ANS ? Il s’est vraiment écoulé un siècle depuis ? Un siècleeeeee ?»

«… Oui.» Il semblerait que Cho Sam avait vraiment été frappé fort.

«Dis-moi la vérité et n’envisage même pas de me mentir.»

«J’y gagnerai quoi à te mentir ?» Gu Chil éloigna Cho Sam de lui. L’instant suivant, les mains désormais libres de Cho Sam grattaient furieusement sa tête.

Il est devenu fou. Il n’y avait aucune autre explication possible pour expliquer ce qui venait de se passer. Il n’était pas confus ou ébranlé par les coups ; il avait tout simplement perdu la tête. Gu Chil n’avait jamais vu auparavant quelqu’un passer par autant d’états de “nervosité”.

«Cent ans, tu as dis ?»

«Tu veux que je me répète ?»

«… Il faut que je rentre.»

Chung Myung leva la tête vers le ciel. Il pensait que voir un ciel bleu et pur lui offrirait un certain réconfort, mais tout ce qu’il pouvait voir se résumait à la toile noire de la tente. Elle était aussi sombre que l’humeur de Chung Myung. 

«Cela fait cent ans ?»

Gu Chil craqua.

«C’est pas comme si t’étais un vieux ou je sais pas quoi, alors pourquoi tu n’arrêtes pas de te répéter ?! Une centaine d’années est passée ! Les Sectes ont mené une grande bataille contre Chun Man au sommet des Cent Milles Montagnes et lui ont coupé la tête ! Tu comprends ? C’était il y a une centaine d’années !»

«… Je comprends.» C’était bien pour ça qu’il était autant déprimé.

Le type qui avait battu Chung Myung tout à l’heure semblait être de haut rang. À cet égard, le type qui se trouvait devant lui pourrait aussi être de plus haut rang que Cho Sam. 

S’il avait bien compris, ils se trouvaient à l’Union des Mendiants ? Malheureusement, cela n’avait rien d’extraordinaire ; il leur était pratiquement impossible de nourrir et d’héberger tous leurs membres. On disait que l’Union acceptait tous les mendiants, mais leurs fonds n’en demeuraient pas moins limités. 

La plupart des membres de l’Union des Mendiants étaient de simples mendiants de rue. Les plus hauts-placés leur donnaient des nombres en guise de noms et leurs vêtements n’avaient pas de nœuds1. En errant dans les rues, ces mendiants savaient mieux que n’importe quel pratiquant ce qui se passait dans le monde des arts martiaux. Les paroles de Gu Chil étaient fiables.

«Huh. C’est dingue. Une centaine d’années, hein.» Tout ne pouvait qu’avoir changé ; à présent, il n’avait plus d’autre choix qu’accepter qu’il s’était réincarné dans le corps d’un autre enfant.

Mais… Je n’aurais pas pu renaître juste après ma mort ? Une centaine d’années plus tard, tous ceux qui connaissaient Chung Myung devaient être morts. Cela dit, tous ceux qu’il connaissait avaient péri au sommet de cette horrible montagne.

Il était tout seul.

Peu importe combien les choses peuvent devenir tordues, là, c’est tout simplement trop. Cela veut donc dire que la Secte du Mont—

«Ah ! Attends ; et la Secte du Mont Hua…?!»

Gu Chil ne fut même plus surpris lorsque Cho Sam bondit du sol et commença à lui hurler dessus.

«La Secte du Mont Hua ! Qu’est-il arrivé à la Secte du Mont Hua ?»

«Qu’est-ce que tu veux dire ?»

«Qu’est-il arrivé à la Secte du Mont Hua ?!»

«Mont Hua ?»

«Oui !»

«C’est quoi, le Mont Hua ?»

«… Hein ?» Chung Myung fut abasourdi. Il ignorait ce qu’était le Mont Hua ? Un mendiant ne savait pas ?

«Allez, ne te fous pas de moi. Quelle est la situation actuelle de la Secte du Mont Hua ?»

«La Secte du Mont Hua ?» Gu Chil pencha la tête.

Il ne la connaissait pas ? Vraiment ? Il ne savait rien au sujet de la Secte du Mont Hua ?

«C-c’est… une des Neufs Grandes Sectes… tu ne connais pas la Secte du Mont Hua ? Ah, tu…»

«Une des Neufs Grandes Sectes ? Qu’est-ce que tu me chantes ? Il n’y a pas de Secte du Mont Hua parmi les Neufs Grandes Sectes.»

«… Il n’y en a pas ?»

«La Secte Shaolin, la Secte de Wudang, la Secte de Diancang, la Secte de Qingcheng, la Secte Kongtong, la Secte de Hainan, la Secte de Emei, la Secte de Jongnam, la Secte de Kunlu et l’Union des Mendiants. Il y en a dix actuellement.»

«L-la Secte de Haina ? Ces connards de bons à rien font partis des Dix Grandes Sectes  ? Ah— non, oublie, ce n’est pas important. Donc, le Mont Hua n’en fait pas parti ?»

Gu Chil soupira. Peu importait ce qu’il disait : Cho Sam entendait seulement ce qu’il voulait entendre. La patience de Gu Chil arrivait à bout.

«L-la Secte du Mont Hua ne fait pas partie des Grandes Sectes ? Non, ça ne serait pas impossible. Mais tu— tu ne connais pas la Secte du Mont Hua ? Même lorsqu’un homme riche devient pauvre, il peut tenir trois ans avec ses richesses ! Mais toi, un simple mendiant, ignore tout de la Secte du Mont Hua ?»

Le traiter un mendiant ne s’accordait pas vraiment avec ce qu’il avait dit. Enfin, il pourrait mourir de faim.

«En quoi est-ce logique ?» Chung Myung secoua Gu Chil par les épaules. «Cela n’a aucun sens ? Tu ne connais vraiment pas le Mont Hua ? Le Mont Hua ? La Secte du Mont Hua ?»

«… Mont Hua.» Gu Chil pouvait sentir un mal de tête le gagner.

«Oui ! Le Mont Hua !»

«Maintenant que j’y pense», Gu Chil pencha la tête, «je me souviens avoir entendu dire qu’une secte de ce nom se trouvait dans la province de Shaanxi.»

«Oui ! C’est ça ! Le Mont Hua de Shaanxi !» Les yeux de Chung Myung s’écarquillèrent.

«Autant que je sache, ils sont en plein déclin.»

«Quoi ?» Le cœur de Chung Myung cessa de battre.

«J’ignore s’il y avait autrefois une Secte du Mont Hua parmi les Grandes Sectes ou non, mais j’ai entendu des histoires racontant que leurs meilleurs guerriers furent tués durant la guerre contre le Démon Céleste. Mais je n’en suis pas certain ; si tu veux en savoir plus, tu n’as qu’à aller demander aux autres.»

Qu’est-ce que cela voulait dire ? La Secte du Mont Hua, en déclin ? Le Mont Hua ? La Secte du Mont Hua ?»

«Quel sale mendiant, seulement bon à me raconter des mensonges !»

Gu Chil leva les yeux au ciel. Même lorsqu’il disait la vérité, Chung Myung ne fit que le maudire. C’était pour ce genre de raisons que Gu Chil détestait aider les gens.

«Non ! Y’a pas moyen ! Je ne peux pas y croire !» Chung Myung repoussa Gu Chil et bondit sur ses pieds. «Il faut que j’aille voir par moi-même !»

«Ah !» Gu Chil cria vers son dos. «Si tu ne reviens pas avant le dîner du soir, Wang Cho te tuera pour de bon, cette fois ! Ne perds pas ton temps pour rien et retourne travailler !»

Mais Cho Sam était parti.

«… Il va faire quoi, cet imbécile ?» Gu Chil secoua la tête, absolument déconcerté par le changement d’attitude de Cho Sam.


«…Huh.» Est-ce que ce serait là l’expression portée par un marchant qui viendrait de perdre sa fortune toute entière ? C’était très certainement le genre d’expression que portait actuellement Chung Myung. 

À bien y réfléchir, compte tenu du nombre de disciples du Mont Hua tués lors de la bataille contre Chun Ma, un déclin de leur puissance était inévitable. Au cours de cette période, il n’était pas improbable qu’ils aient pu être exclus des Grandes Sectes. Mais il avait beau se creuser la tête, comment cela pouvait être même possible qu’en seulement cent ans, le Mont Hua soit exclu et l’Union des Mendiants entrée parmi les Grandes Sectes ?! En quoi cela avait du sens ? Comment pourraient être inclus des mendiants, eux qui ignoraient tous des arts martiaux…? 

D’une manière ou d’une autre, le mendiant avec lequel il parla ne savait guère, alors Chung Myung était allé demander ici et là. Mais peu importait qui il attrapait, le résultat demeurait toujours le même.

«Le Mont Hua ? Tu parles des montagnes là-bas ? Qu’est-ce qu’elles ont ?»

«La Secte du Mont Hua ? Est-ce que le Mont Hua possédait une école d’arts martiaux ?»

«Je n’ai jamais entendu parler d’une secte de ce nom.»

«Comment ose un mendiant toucher ma manche ! Souhaites-tu voir tes bras coupés ? Lâche immédiatement ma manche !»

Ah, non, pas la dernière réponse.

Personne ne savait quoique ce soit. Personne.

«Ça n’a aucun sens !» Comment la Secte du Mont Hua a-t-elle pu finir ainsi ? Il y aurait toujours de nombreuses sectes célèbres, mais aucune ne pourrait être aussi renommée que la Secte du Mont Hua. Ce serait exagéré de dire que tous les épéistes les plus célèbres venaient du Mont Hua, néanmoins personne ne contesterait que le Mont Hua faisait parti des plus célèbres, aux côtés de Woodang et Namgung.

Mais les gens ignoraient tout de son existence ?

«Argh…»

Mais au moins, il avait obtenu une réponse positive.

«La Secte du Mont Hua ? Je crois en avoir entendu parler. N’étaient-ils pas connus, par le passé ? De ce que j’ai entendu dire, ils ont terrassé Chun Ma puis ont sombré. Est-ce qu’ils existent encore ?»

Sombré ? La Secte du Mont Hua ?

«Quel genre de conneries est-ce qu’il m’a raconté ?» Ce serait bien plus réaliste d’affirmer que le palais Impériale avait brûlé et l’Empereur fui.

La Secte du Mont Hua avait sombré ! La Secte du Mont Hua !

Je devrais certainement être heureux que je sois celui qui se soit réincarné. Chung Myung se souvenait de l’étrange expression que porta Sahyung Jang Mun lors de ses derniers instants. S’il était encore vivant pour entendre la nouvelle, il aurait vomi du sang et serait à nouveau mort.

«Non, non !» Chung Myung bondit de son siège. «Je dois voir ça de mes propres yeux !»

La Secte du Mont Hua existait depuis des centaines d’années. Peu importait l’horreur de son état ; il fallait qu’il s’y rende.

«Je vais au Mont Hua !» Ses yeux brillèrent avec passion.

C’est à ce moment que les ailes du papillon donnèrent naissance à un raz de marée.


Note traducteur :

  1. Les nœuds représentent au sein de l’Union des Mendiants le rang. Les premières années, les nouveaux membres n’en ont pas et doivent faire leurs preuves.
  2. Les mendiants de l’Union n’ont généralement pas d’identité ou ne la révèlent pas, ils ont donc une identité composée de chiffres. Dans ce cas, Gu Chil se traduit directement par ‘Sept’.
  3. Cho Sam se traduit par ‘Trois’.

Nous recherchons un correcteur afin d’améliorer et fluidifier la lecture des chapitres !

Ce chapitre a été traduit depuis les traductions anglophobes de la team Sky Demon Order, avec leur autorisation. Ils n’ont toutefois aucun lien avec les traductions francophones.

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